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Le billet d'humeur du 15 11 2016

APPRENDRE À RIRE MOU

ire (Tractatus philo-comicus) est un livre qui, dans la tradition philosophique botulienne de la métaphysique du mou, n’est pas là pour nous apprendre à mourir, mais pour nous apprendre à rire mou, suivant en cela le fil tendu – mais quand même pas trop - qui court lentement de Jean-Baptiste Botul à François Hollande et la gauche molle, en passant parfois par la droite à goitre. Notre époque manque de ressort, mais je veux démontrer dans ce livre qu’on peut être à la fois mou et rire. D’ailleurs, le verbe grec qui signifie « rire » est gelaô, qui a bien entendu donné gélatine, la matière molle par excellence, et ce n’est pas non plus un hasard si c’est la base de la gastronomie anglaise, qui est aussi l’un des grands pays de l’humour (en particulier de l’humour culinaire d’ailleurs), vous n’êtes pas sans l’ignorer et si vous le savez ce n’est pas de ma faute. Et si les philosophes sont considérés par Rabelais comme des agélastes, c’est d’abord du fait de leur anglophobie. Étymologiquement, le rire est donc plutôt quelque chose de mou. De même qu’il y a dans la tradition métaphysique un oubli de l’être, comme l’a bien vu notre ami Heidegger, qui avait oublié d’être con (si l’on fait exception de la période de sa vie qui va de 1933 à 1979), il y a dans la tradition de l’hilarité, un oubli du mou.

Expliquons les choses d’un point de vue strictement scientifique : iI faut en effet savoir – mais personne n’est obligé non plus - que le rire n’est pas d’abord apparu par le biais des muscles zygomatiques mais des muscles fessiers. Et il se trouve qu’à l’époque d’homo neandertalis, il y a plus de 80000 ans, ainsi qu’a pu l’attester la découverte de fossiles de bassins humains de type gélatiniforme, les fesses étaient globalement molles (et il faudra d’ailleurs attendre l’homo sapiens tardif et l’invention des clubs de gymnastique pour assister à une évolution de l’espèce humaine vers la généralisation de la fermeté du train arrière). Le rire n’était donc qu’une sorte de spasme gélatineux du séant (et ne me demandez pas « c’est en » quelle année tout ça, s’il vous en plaît je vous en prie, nous sommes entre gens du monde). Lors d’un spectacle comique, par exemple, il était alors très difficile de savoir que le public riait, sinon à se situer derrière lui, et même tout contre, ce qui était difficilement praticable pour les comédiens. Les hommes ont alors adopté comme rite de se frotter virulemment le fessier au sol pour manifester ostensiblement leur hilarité, et c’est ce qui a fait dire à Bergson que le rire procédait d’un instinct social. Nous gardons aujourd’hui encore en nous l’héritage génétique d’homo neandertalis et de l’époque prézygomatique du rire, lorsqu’il nous arrive de nous taper le cul par terre de rire. Mais c’est précisément à force de se taper le cul par terre que s’est opérée une mutation de l’espèce qui a vu le rire remonter en direction des zygomatiques afin d’éviter une dégradation rédhibitoire des tissus fessiers qui aurait tout simplement pu conduire, selon la logique de la sélection naturelle, à la disparition du cul. Alors certes le rire s’est durci, avec l’érection des zygomatiques, mais le fait est qu’aujourd’hui encore le mou l’habite. Et quand je dis le mou l’habite, entendons-nous bien. Et il suffit d’entendre le rire irrésistible de l’adolescent pour entendre résonner la mollesse ancestrale des primates.

Je m’inscris donc, dans ce livre à la thèse littéralement révolutionnaire – comme vous avez pu vous en apercevoir -, non pas dans un club de tennis, mais en faux, oui, je m’inscris en faux contre tout un courant philosophique dominant qui a fait du rire quelque chose de dur, de cassant, de méchant.
Vous ne trouverez pas plus mou que mon livre, il est drôlement mou, et mollement drôle, à en mourir. Et il mérite d’autant plus l’attention qu’au contraire des autres ouvrages du même acabit, son auteur ne puise pas aux sources de son imagination les propos de ce livre, mais qu’il les pompe allègrement chez tous ceux qui ont plus d’imagination que lui. Vous pouvez donc croire en toute confiance à la richesse intellectuelle de cet ouvrage, qui n’est pas un vulgaire ouvrage de première main comme la plupart de ceux soumis à votre jugement, mais qui est fait d’emprunts à un taux d’intérêt relativement élevé à des penseurs qui pour la plupart ont pensé énormément, parfois même plus que BHL, c’est dire. C’est dire, mais je préfère quand même me taire.